Prononcez le nom de Marie-Madeleine aujourd’hui, et vous plongez aussitôt dans un véritable dédale de mondes différents. Pour certains, elle est la disciple repentante des Évangiles canoniques. Pour d’autres, la guide spirituelle éclairée des textes apocryphes, le cœur battant de la légende provençale, ou même la prêtresse de la Rose préférée d’Internet.
Pour moi, pendant très longtemps… elle n’était absolument rien.
Je n’ai pas reçu d’éducation religieuse. Quand je me suis installée dans le Sud de la France il y a des années, je ne connaissais ni la Légende dorée, ni les récits qui habitent ce paysage depuis des siècles. Ce qui m’a coupée le souffle dès le premier jour, c’est la présence brute du massif de la Sainte-Baume. Cette forêt primaire ancestrale. Cette falaise imposante, presque vivante, qui s’élève au-dessus des terres comme un temple à ciel ouvert. Le silence profond, la terre, l’odeur sauvage d’humus et d’arbres centenaires couverts de mousse.
À la même époque, je suivais des cours sur les femmes dans l’histoire de l’art. Séance après séance, la réalité m’a frappée de plein fouet : combien d’artistes féminines de génie ont été purement et simplement effacées de l’histoire ? Combien de chefs-d’œuvre ont été attribués à des pères, des frères ou des maris, simplement parce que le monde ne pouvait pas concevoir qu’une femme puisse créer quelque chose de puissant par elle-même ?
Et puis, j’ai commencé à lire sur Marie-Madeleine.
Le schéma était flagrant, et il m’a touchée en plein cœur. J’ai découvert comment sa vie avait été réécrite au fil des siècles, dépouillée peu à peu de sa substance. Une femme brillante et puissante, réduite à une pécheresse en larmes qui demande pardon. Une figure soumise, dépeinte comme une âme en détresse qui avait désespérément besoin d’un homme pour être sauvée.
Ça m’a mise en colère. Une rage sourde, en vérité.
Parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’elle. C’était tout ce que nous, en tant que femmes, portons encore au plus profond de nous deux mille ans plus tard. Ces petites voix insidieuses qui nous chuchotent de nous taire. De ne pas prendre trop de place. La peur panique de passer pour « trop émotive », « hystérique » ou « compliquée ». Cette honte héritée de génération en génération, jetée comme un voile sur notre intelligence, notre humour, notre sensualité, notre force brute et notre souveraineté naturelle.
Redonner une voix à Marie-Madeleine, c’est, au fond, nous redonner notre propre voix.
Avec mon livre THE TASTE OF HER JOURNEY, je n’avais aucune envie de la poser sur un piédestal doré. Je ne cherchais pas une sainte inaccessible ou un mythe ésotérique et éthéré. Je voulais faire exister une femme de chair et de sang.
Un être humain authentique, traversé par les mêmes émotions que nous. Une femme qui a eu le cœur brisé en voyant l’amour de sa vie assassiné sous ses yeux. Une femme forcée de fuir pour survivre, bravant la mer la gorge nouée par la terreur, mais refusant d’être anéantie par son chagrin et sa colère. Quelqu’un qui a continué à tenir debout, envers et contre tout, pour rappeler au monde la force radicale de l’amour et du lien.
Est-ce que ses pieds nus ont un jour vraiment foulé la terre de Provence ou trouvé refuge dans la grotte ? Très honnêtement : ça m’est bien égal.
La terre porte sa mémoire, mais sa vérité n’est pas enfermée dans des reliques ou de vieilles pierres. Son histoire est universelle. Elle parle de survie, du courage de rester douce et vulnérable dans un monde dur et sans pitié, de voir l’amour comme un niveau supérieur de conscience et d’énergie, de savourer la joie et le partage autour d’une même table, et d’oser dire sa vérité même quand on essaie de vous réduire au silence.
Elle ne vit pas dans un sanctuaire ou un vieux mythe. Elle vit dans le courage, le feu et la voix qui sommeillent en chacune de nous.
The Taste of Her Journey
Sortie le 20 septembre. Disponible partout dans le monde sur Amazon.

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